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Qui est l'enfant intérieur ? Seconde partie

La vérité de l’enfant intérieur

Aujourd’hui encore, nombre de personnes pensent que c’est leur enfant intérieur blessé qui contamine leur vie et ils l’accusent de tous leurs dysfonctionnements. Si les problématiques à l’âge adulte trouvent leur origine dans les carences vécues dans l’enfance, cela ne signifie aucunement que l’enfant intérieur en est la cause. Comme l’a brillamment démontré Alice Miller, les souffrances de l’adulte viennent du refoulement et du déni de l’enfant intérieur. Lorsque les ressentis légitimes de l’enfant ne sont pas accueillis et ne trouvent pas une réponse empathique, bienveillante et compatissante, ils se figent et demeurent comme « gelés » au plus profond de l’être. Ils attendent d’être retrouvés, légitimés et libérés. Piégé au cœur d’un trop long hiver, votre enfant intérieur espère renaître.

Certains continuent à s’imputer la responsabilité des mauvais traitements qu’ils ont subi enfant. Dépendant des soins et de l’amour qu’il reçoit, l’enfant apprend à taire ses ressentis véritables pour s’adapter aux contraintes familiales, sociales et culturelles du système dans lequel il grandit. Au fil du temps, l’enfant construit un moi de survie et retranche son moi véritable. L’enfant blessé et l’enfant doué sont les deux facettes indissociables de l’enfant intérieur alors que les stratégies de survie caractérisent l’enfant adapté.

« L’enfant adapté n’est pas notre enfant intérieur. Il n’est qu’un masque recouvrant notre véritable moi. Il dupe et trompe l’adulte en le plongeant dans le brouillard et le déni de sa vérité intérieure. (…) Il revendique inlassablement auprès de ses parents ou de substituts parentaux ce qui lui a tant manqué. Il a fait sienne la croyance que pour être aimé, il ne faut pas être soi. (…) En laissant une trop grande place à l’enfant adapté, l’adulte se leurre et se condamne à des expériences bien plus douloureuses que la souffrance originelle qu’il cherche à éviter. »[1]

Paradoxalement, l’expérience enfantine est empreinte d’une grande liberté. Bien qu’attaché à ses parents, un enfant exprime naturellement ce qu’il voit, ce qu’il ressent, ce qu’il veut, ce qui est bon pour lui ou ce qui ne l’est pas. En grandissant, sa capacité de remettre en cause ses modèles parentaux, leurs messages et leurs comportements blessants, diminuent au fur et à mesure qu’il s’adapte. Pour autant, cette vérité libre et intègre reste intacte au fond de votre être. Vous possédez réellement la capacité de retrouver votre vérité intérieure pour transcender votre souffrance enfantine et libérer toutes vos potentialités.

Les récentes recherches en neurosciences affectives et sociales confirment que les expériences de l’enfance sont la trame invisible de l’adulte. La façon dont vous avez été traité enfant influe tout particulièrement sur votre vie affective et relationnelle. Sans travail correctif, vous aurez tendance à vous traiter (et à traiter les autres) comme vous avez été traité enfant. Ainsi, chacun apprend à se trahir lui-même et à malmener son intégrité corporelle, émotionnelle, psychique et spirituelle.

Accuser son enfant intérieur en le rendant coupable de son mal-être ou responsable de ce qu’il a subi tout en s’imaginant l’écouter et le guérir est une attitude courante. Cette ambivalence rappelle ce que vous avez vécu enfant lorsque vos parents ou éducateurs ont eu des paroles et des comportements inadéquats en prétextant que c’était pour « votre bien ». Comment peut-on imaginer que frapper, insulter, dénigrer, dévaloriser, carencer affectivement, ignorer, abandonner, diminuer… a une quelconque vertu éducative ? Cette pédagogie noire a pour seul but de rendre acceptable une violence éducative ordinaire qui blesse le sensible et le vivant chez l’enfant.

En continuant à nier votre enfant intérieur, vous amoindrissez vos capacités naturelles d’empathie, d’amour et de compassion pourtant nécessaires au dévoilement de votre vérité intérieure et à la guérison de votre être. Vous avez le devoir d’apporter les réponses chaleureuses et douces qu’attend votre être enfantin.

 

Qui pleurera pour l’enfant à l’intérieur de l’adulte ?

La découverte de son enfant intérieur demande d’accepter sa vulnérabilité et de se laisser toucher…

… Qui pleurera pour l’enfant seul,

Qui pleurera pour l’enfant qui a eu mal,

Qui pleurera pour l’enfant qui a cru mourir,

Qui pleurera pour l’enfant mal-aimé,

Qui pleurera pour l’enfant écrasé sous des devoirs,

Qui pleurera pour l’enfant en vous ?

Si vous ne le faites pas, personne ne viendra le délivrer de son exil.

Il revient à chacun de prendre la responsabilité de sa propre guérison pour panser ses plaies. Parfois la rencontre avec une personne bienveillante et lucide rallume la petite étincelle de l’espoir. Une parole, un geste, un regard ou un sourire valide le vécu de l’enfant en soi, la légitimité de sa souffrance, la richesse de sa vulnérabilité, la grandeur de ses capacités et la profondeur de son être.

Sabine témoigne : « Lors de ma première séance de thérapie par l’enfant intérieur, ce qui a vraiment ouvert mon cœur, alors que je racontais mon enfance, c’est de voir des larmes dans les yeux d’Emmanuel. C’était le premier qui pleurait avec ma petite Sabine. Du coup, cela m’a permis de développer cette empathie, cette compassion pour le petit et le fragile en moi. Cela a tout changé, changé ma vie, changé ma relation à moi-même. Cette petite fille s’est enfin sentie entendue, comprise, validée dans ce qu’elle avait ressentie. Elle a pu témoigner. Elle a pu se libérer. »[2]

Pour que votre enfant intérieur se sente aimé, il a besoin d’une personne qui pleure à ses côtés pour que s’éveillent en lui l’espoir et l’amour. Un bon parent sait pleurer avec son enfant et chacun peut apprendre à se laisser toucher comme le ferait un bon parent. Vos larmes sont le plus beau présent lorsqu’elles répondent à l’appel du petit, du sensible et du vulnérable en vous. Les pleurs font peur. Ils s’accompagnent d’une sensation d’effondrement mais n’oubliez pas qu’il convient de s’agenouiller pour rejoindre son enfant intérieur, pour être à son niveau et lui permettre de se sentir entendu.

Les récentes recherches en neurosciences confirment que si la relation parent-enfant construit le cerveau de l’enfant[3], la relation thérapeute-patient répare le cerveau de l’adulte. Ainsi les pleurs empathiques et compatissants du patient, et parfois ceux du thérapeute, entraînent des modifications profondes et sont des leviers de transformation stupéfiants[4]. Le mythe de la neutralité (même bienveillante) du thérapeute est une illusion. Au sein de la relation thérapeutique, le praticien fait partie intégrante du système observé. Il est l’instrument qui entre en résonance avec ce qui est endormi, les blessures non pansées et les ressources oubliées. Toutes ces découvertes valident encore plus le travail de reconnexion et de guérison de l’enfant intérieur.

 

Le reparentage ou le devoir impérieux de sauver sa vie

Nombre d’adultes restent d’éternels enfants adaptés en condamnant leur enfant intérieur au silence. Ils continuent d’obéir au devoir filial qui leur dicte de taire leur vérité intérieure. Ce faisant, ils cultivent des liens d’attachement blessants avec leurs figures parentales (ou leurs substituts) et se perdent dans des stratégies douloureuses d’idéalisation, de revendication, de victimisation ou de perfectionnisme.

Le seul devoir impérieux est de sauver sa vie enfantine. Il s’agit de tisser un nouveau lien avec soi en reconnaissant son être sensible et vulnérable. C’est la seule façon de prendre la responsabilité de son histoire. Tel est le but du reparentage, un processus qui mène à une profonde résilience psychologique et spirituelle.

« Votre enfant intérieur a besoin d’actes de soutien tangibles pour se sentir accueilli, en sécurité et en confiance. Il désire ardemment que ses émotions, ses besoins, ses pensées, ses désirs, ses rêves et ses intuitions soient pris en compte. Il a besoin d’un amour fiable qui ne dépend pas de la façon dont il se comporte. (…) Quelle que soit la manière dont vos parents vous ont accompagné enfant, aujourd’hui vous êtes le seul et unique parent possible pour votre enfant intérieur. »[5]

Devenir un bon parent pour soi, c’est cultiver une base affective sécurisante et durable pour vivre en intimité avec soi et avec l’autre en éveillant ses qualités de sollicitude, de soin, d’amour et de compassion.

Devenir un bon parent pour soi, c’est apprendre à se soutenir et à s’encourager pour explorer, jouer et créer dans la liberté et l’autonomie. Ce soutien dynamique fait naître la justesse, la sociabilité, l’estime et la confiance en soi.

Le reparentage est un art de vivre qui demande de la patience (la science des petits pas), du courage et de la persévérance. Fondamentalement il s’appuie sur un renversement de perception. D’aucuns ressentent qu’ils sont redevables vis à vis de leurs parents pour ce qu’ils ont reçu… leur propre vie en premier lieu. Ce ressenti largement répandu reflète une coupure d’avec soi, fruit d’une longue tradition où l’enfant jugé « incompétent, immature, infantile, sous-palier de l’adulte » doit tout à son parent. En fait, moins l’enfant reçoit ce dont il a besoin, plus il se sent redevable à l’âge adulte.

Imaginez un instant une toute autre perception de votre enfance. Lorsque vous étiez enfant, vos parents ont eu la chance d’être en votre présence. Bien entendu, vous n’étiez pas parfait, personne ne l’est. Cependant vos dons innés pour l’amour, la joie de vivre, la spontanéité, la créativité, la libre expression de vos émotions… ont été, ou auraient dû être pour vos parents, une source d’inspiration pour grandir à vos côtés. En se focalisant sur leur fonction parentale, d’aucuns oublient l’essentiel : rester sensible, humble et respectueux face à la vie enfantine. Certains parents se concentrent sur le faire et négligent la qualité d’être en relation qui permet à l’enfant d’accéder à tout son potentiel. La vie enfantine demeure encore aujourd’hui un trésor oublié, peu considéré ou parfois maltraité.

« La perte de l’enfantin au cours du développement psychosocial de l’être humain est une tragédie pour l’humanité. Seul un changement dans la perception de l’enfance et dans la manière de traiter les enfants fera évoluer les sociétés vers de nouvelles directions plus humaines. Tant que le refoulement de l’enfant en soi perdurera, une grande partie de la magie e du mystère de la vie demeurera cachée. »[6]

Le travail sur l’enfant intérieur est indissociable de nos représentations héritées sur la nature et le développement de l’enfant. L’observation de la réalité historique confronte chacun à la face occultée de l’oppression du vivant dans son expression enfantine. L’enfant a été (et est toujours) victime de pièges, mensonges, ruses, dissimulation, manipulation, intimidation, privation de soins, privation d’amour, isolement, humiliation, mépris, moquerie, honte, utilisation de la violence parfois jusqu’à la torture.

Lever ce voile de déni est salutaire pour considérer enfin son enfant intérieur. Cela fait partie de l’éveil, c’est vivre comme on l’entend dans le respect et l’écoute de la dimension sensible, vulnérable et puissante de son être. Il vous revient maintenant de sauver votre vie : tisser un nouveau lien avec vous-même en réhabilitant une part essentielle de votre vécu, en rectifiant les déficiences éducatives dont vous avez souffert et en vous offrant les nourritures affectives et relationnelles qui vous ont manqué. Vous ferez ainsi la paix avec vous-même et avec votre histoire pour vivre une existence plus riche, plus sereine et plus joyeuse.

 

Marie-France et Emmanuel Ballet de Coquereaumont*

Tous droits réservés – Mai 2018

* Psychopraticiens d’inspiration jungienne, spécialistes reconnus et renommés de l’enfant intérieur depuis 1990 (dans la lignée des travaux d’Alice Miller et de John Bradshaw), Marie-France et Emmanuel sont co-fondateurs de la Méthode Cœur d’enfant, formateurs, co-auteurs de livres traduits en plusieurs langues, conférenciers et experts auprès de nombreux médias nationaux.

[1] Extrait de notre deuxième livre, Libérez votre enfant intérieur, (Albin Michel, 2009, rééd. 2015) pages 133-134. La distinction entre l’enfant intérieur et l’enfant adapté permet des processus de guérison de l’enfant intérieur plus opérants et plus profonds.

[2] Témoignage de Sabine de Waegeneer sur Radio Notre Dame le 11 avril 2018 lors de l’émission de Sophie Nouaille En quête de sens sur le thème de l’enfant intérieur avec Emmanuel Ballet de Coquereaumont et Olivier Maurel.

[3] Le récent documentaire, Le cerveau des enfants – Un potentiel infini, de Stéphanie Brillant illustre comment les expériences dans l’enfance façonnent notre cerveau.

[4] Recherches rapportées lors du colloque de Thérapie Systémique-Thérapie stratégique les 4 et 5 septembre 2017 à Bruxelles.

[5] Extrait de notre dernier livre-jeu, L’Oracle de l’enfant intérieur, (Le Courrier du Livre, 2017) pages 20-21.

[6] Extrait de notre dernier livre-jeu, L’Oracle de l’enfant intérieur, (Le Courrier du Livre, 2017) page 19. Cette réflexion s’appuie sur notre expérience et sur notre pratique mais elle fait aussi écho à de nombreux auteurs à l’image du psycho-historien Llyod DeMause qui affirme que le sort d’une civilisation dépend de la façon dont elle traite les enfants. Il ajoute : « (…) la force essentielle du changement historique ne se situe ni dans la technologie, ni dans l’économie, mais plutôt dans les changements psychogénésiaques de la personnalité, changements qui se sont produits par l’interaction des parents et des enfants pendant plusieurs générations. » (Les fondations de la psychohistoire, PUF, 1986)

ONE COMMENT

  • L »amour

    Depuis que je t’ai retrouvé
    J’ai tout retrouvé aussi
    l’amour, la joie, la tristesse et l’envie
    La tolérance envers moi
    La tolérance envers toi
    Et envers autrui
    Avant c’était l’errance, la mort et l’ennui
    Depuis que tu es là
    Mon tout petit, ma toute petite
    Nous nous sommes retrouvées
    Avec nos pleurs et nos oublis
    La nature et l’art-thérapie
    Les contes, la peinture et l’écriture
    Tout est revenu : les peurs et les pleurs
    Et avec, l’heure du bonheur
    Indissociables l’un de l’autre
    Toutes les deux, main dans la main
    Réunies pour la vie
    Jusqu’à la dernière heure

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